Fondations superficielles • Maçonnerie • Terrassement
Règle des 3/2 en fondation : le schéma, le calcul et les cas de chantier
Quand deux semelles voisines ne sont pas au même fond de fouille, la règle des 3/2 vérifie que le décalage reste admissible. Elle se mesure d'arête de semelle à arête de semelle, et elle se résume à une seule formule : H ≥ 1,5 × V.
Lecture rapide
Définition
Qu'est-ce que la règle des 3/2 en fondation ?
Lorsque deux fondations superficielles voisines ne sont pas coulées au même niveau, la ligne qui relie leurs arêtes les plus proches ne doit pas dépasser une pente de 3 de base pour 2 de hauteur. Autrement dit : pour 2 unités de dénivelé vertical, il faut au moins 3 unités de distance horizontale entre les deux semelles.
Les deux points à considérer sont toujours les mêmes : l'arête de la sous-face de la semelle basse côté amont, et l'arête de la sous-face de la semelle haute côté aval. C'est bien la géométrie des fonds de fouille qui compte, pas celle du terrain fini ni celle des murs.
H ≥ 1,5 × V — avec V le dénivelé entre les deux sous-faces et H la distance horizontale entre les deux arêtes les plus voisines.
Pourquoi cette règle existe
Une semelle ne charge pas seulement la surface qu'elle occupe : elle diffuse ses contraintes dans le sol, en profondeur et latéralement. Si la semelle haute est trop proche de la semelle basse, elle vient charger le terrain qui sert justement de butée à la semelle basse. Le résultat classique est un desserrage du terrain intermédiaire, un tassement différentiel, puis une fissuration en escalier sur le mur le plus bas. La règle des 3/2 est là pour maintenir un « matelas » de terrain suffisant entre les deux assises.
Schéma expliqué
Le schéma de la règle des 3/2, en coupe
Le schéma ci-dessous est tracé exactement à l'échelle de la règle : le rectangle quadrillé fait 3 carreaux de large pour 2 carreaux de haut, et la ligne de contrôle en est simplement la diagonale. C'est le cas limite : la ligne passe pile sur les deux arêtes de semelles.
- 1Arête de la sous-face de la semelle basse, côté amont : c'est le point de départ de la vérification.
- 2Arête de la sous-face de la semelle haute, côté aval : c'est le point d'arrivée.
- 3La ligne de contrôle entre ces deux arêtes ne doit jamais être plus raide que 2 de hauteur pour 3 de base, soit environ 33,7° sur l'horizontale.
- 4H = distance horizontale entre les deux arêtes. V = dénivelé entre les deux fonds de fouille. La condition à respecter est H ≥ 1,5 × V.
Comparaison
Conforme ou non conforme : la différence en un coup d'œil
Dans les deux cas ci-dessous, le dénivelé V est identique. Seule la distance horizontale change. La ligne grise en pointillé matérialise la pente limite 3/2 ; la ligne pleine est la ligne réelle entre les deux arêtes de semelles.
✓ Conforme — la ligne réelle reste sous la limite
La semelle haute est assez éloignée : le terrain situé entre les deux assises continue de jouer son rôle de butée.
✗ Non conforme — la ligne réelle est trop raide
La semelle haute charge la zone d'influence de la semelle basse. Risque de desserrage, de poussée et de tassement différentiel.
si l'arête de la semelle haute se retrouve au-dessus de la ligne limite tracée depuis la semelle basse, la disposition n'est pas admissible en l'état. Il faut alors soit écarter les semelles, soit descendre la semelle haute, soit prévoir des dispositions particulières (soutènement, redans intermédiaires, reprise en sous-œuvre).
Vérification en ligne
Vérifiez votre cas en 5 secondes
Saisissez le dénivelé entre les deux fonds de fouille et la distance horizontale disponible entre les arêtes de semelles. Le schéma se met à jour et affiche la ligne limite.
Normes
Quelle référence citer aujourd'hui ?
La référence en vigueur pour la mise en œuvre est le NF DTU 13.1 « Fondations pour les bâtiments », de septembre 2019. C'est lui qui traite des fondations sur terrain en pente et qui impose une pente maximale de 3 de base pour 2 de hauteur reliant les arêtes des semelles les plus voisines.
Ce NF DTU 13.1 annule et remplace les deux anciens textes de mars 1988 : le DTU 13.11 (fondations superficielles, exécution) et le DTU 13.12 (règles de calcul). Le dimensionnement proprement dit relève désormais de l'Eurocode 7 et de sa norme d'application française NF P94-261 pour les fondations superficielles. Pour les missions d'étude de sol, la référence reste la NF P94-500, avec une mission G2 PRO en phase projet.
NF DTU 13.1 pour les dispositions constructives et l'exécution, NF P94-261 / Eurocode 7 pour la justification des fondations superficielles, NF P94-500 pour les missions géotechniques. Citer le DTU 13.12 aujourd'hui, c'est citer un texte annulé.
Une précision importante : la règle des 3/2 s'applique lorsque le sol d'assise ne peut pas donner lieu à un glissement d'ensemble. Si cette condition géométrique ne peut pas être satisfaite, le texte demande des dispositions spéciales pour éviter le desserrage des terrains supérieurs, équilibrer les poussées et assurer l'évacuation des eaux.
Calcul simple
Comment appliquer la règle sur le chantier ?
- Relever le niveau des deux fonds de fouille (niveau laser ou lunette), pas le niveau du sol fini.
- Calculer le dénivelé V entre ces deux sous-faces.
- Multiplier V par 1,5 : c'est la distance horizontale minimale H à conserver.
- Mesurer la distance réelle entre l'arête amont de la semelle basse et l'arête aval de la semelle haute, et comparer.
| Dénivelé V | H minimale | Lecture chantier |
|---|---|---|
| 0,50 m | 0,75 m | Petit redan, différence d'assise faible. |
| 1,00 m | 1,50 m | Terrain légèrement pentu, cas courant. |
| 1,50 m | 2,25 m | Extension avec niveau d'assise décalé. |
| 2,00 m | 3,00 m | Cas d'école de la règle des 3/2. |
| 2,50 m | 3,75 m | Redans multiples à envisager. |
Si la distance disponible est inférieure au minimum, deux solutions simples avant tout renfort : descendre la semelle haute pour réduire V, ou fractionner la reprise de niveau en plusieurs redans, chacun respectant la règle.
Cas pratiques
Quand cette vérification devient indispensable
Extension accolée à une maison existante
Le fond de fouille de l'extension tombe rarement au même niveau que celui de l'existant. La règle permet de vérifier tout de suite si la nouvelle semelle reste à bonne distance de l'ancienne, et si l'existant risque d'être déchaussé.
Fondations sur terrain en pente
Sur une parcelle inclinée, les semelles filantes sont traitées en redans successifs. Chaque redan doit respecter la règle : ce n'est pas la pente moyenne du terrain qui compte, mais bien la ligne entre deux arêtes de semelles consécutives.
Fondation proche d'un talus ou d'une fouille voisine
Dès qu'un terrassement, un soutènement ou une piscine voisine descend plus bas que le niveau d'assise, la marge disponible fond vite. C'est le cas où le raisonnement « à l'œil » coûte le plus cher.
Rénovation avec reprise partielle
En rénovation, on coexiste souvent entre fondations conservées et fondations reprises, dont on ne connaît pas toujours l'assise réelle. La règle sert de garde-fou avant sondage et avis du bureau d'études.
Limites
Ce que la règle des 3/2 ne dit pas
C'est une disposition constructive, pas une note de calcul. Elle vérifie une géométrie ; elle ne vérifie ni la portance du sol, ni le tassement, ni la stabilité d'ensemble. Elle ne suffit plus dès que l'un de ces points apparaît :
- sol argileux sensible au retrait-gonflement ;
- remblais hétérogènes ou terrain remanié ;
- fondation en tête ou en pied de talus ;
- risque de glissement d'ensemble du versant ;
- charges importantes ou fortement dissymétriques ;
- fissures déjà visibles sur le bâti existant ;
- extension sans information fiable sur les fondations en place ;
- venues d'eau ou drainage mal maîtrisé entre les deux niveaux.
mesurer H et V au niveau du sol fini ou du dessus de semelle. La règle se lit sur les sous-faces : tout décalage de mesure fausse la vérification, presque toujours dans le sens dangereux.
FAQ
Questions fréquentes sur la règle des 3/2
La règle des 3/2 est-elle obligatoire ?
Elle figure dans le NF DTU 13.1, qui constitue la référence contractuelle des travaux de fondations superficielles. Dès lors que le NF DTU s'applique au marché, la disposition doit être respectée, sauf prescriptions plus sévères des documents particuliers du marché ou dispositions spéciales justifiées.
Entre quels points mesure-t-on H et V ?
H se mesure horizontalement entre les arêtes des sous-faces des deux semelles les plus voisines, et V verticalement entre ces deux mêmes sous-faces. On raisonne sur les fonds de fouille, jamais sur le terrain fini ni sur le dessus des semelles.
Le DTU 13.12 est-il encore la bonne référence ?
Non. Le NF DTU 13.1 de septembre 2019 annule et remplace le DTU 13.11 et le DTU 13.12 de mars 1988. Pour la justification des fondations superficielles, il faut se référer à l'Eurocode 7 et à la norme NF P94-261.
Que faire si la distance disponible est insuffisante ?
Trois pistes : réduire le dénivelé en descendant la semelle haute, fractionner la reprise de niveau en plusieurs redans respectant chacun la règle, ou mettre en œuvre des dispositions spéciales validées par un bureau d'études (soutènement, reprise en sous-œuvre, drainage renforcé).
Peut-on appliquer cette règle sans étude de sol ?
Comme premier contrôle géométrique, oui. Comme validation définitive, non. Dès que le sol est incertain, argileux, remblayé, en pente marquée ou proche d'un existant fragile, l'étude géotechnique reste nécessaire.
La règle s'applique-t-elle aussi sur terrain plat ?
Oui. Ce n'est pas la pente du terrain qui déclenche la vérification, mais la différence de niveau entre deux assises voisines. Un local enterré, une fosse ou une piscine à côté d'une semelle courante relèvent de la même logique.
Contact
Un doute sur une fondation, un terrassement ou une extension ?
EM2L Maçonnerie intervient dans le Var sur les travaux de maçonnerie, d'extension, de reprise et de fondations. Si votre projet présente une différence de niveau d'assise, un terrain en pente ou une proximité avec un existant, mieux vaut vérifier avant de couler.
Parler de votre projet avec nousÀ consulter également : nos outils de calcul du bâtiment, dont le calculateur de dosage béton et le calculateur de mur de soutènement.







